Morton Halperin chez ONE : réseaux d’Etat & réseaux Soros

George Soros n’est bien évidemment pas Sauron et son œil qui voit tout. Des hommes-clés de l’Open Society et au pedigree solide s’investissent au travers des sorosites comme chez ONE. Morton H. Halperin fait partie de ceux-là. Portrait, histoire d’être moins dupe qu’un « jeune ambassadeur » de l’ONG.

Les ONG en général et les réseaux Soros en particulier pratiquent un soft power puissant et effectif. On peut y trouver un grand nombre de raisons ou de justifications : incapacité des Etats à assurer une mission qui échoit dès lors aux initiatives privées, efficacité des moyens de communication, meilleure adaptation aux situations diverses. Mais le facteur principal reste l’aura dont jouissent les ONG, perçues et auto-proclamées représentantes de la « société civile ».

Dans notre article précédent, nous rapportions l’action des « jeunes ambassadeurs » de ONE, sorte de militants « young leaders » de l’ONG, et leur succès auprès des candidats à la présidentielle française de 2017 mais aussi à l’égard du pouvoir législatif. Peut-on pour autant dire que c’est une victoire de la « société civile » ? A vrai dire, une simple étude des profils des membres-clés de ONE souligne le contraire. Notre site étant dédié à Soros, on s’arrêtera ici sur Morton H. Halperin, qui synthétise à lui seul ce « conflit d’intérêts » entre l’O « N » G et le gouvernement américain, et expose le genre de profils d’agent de renseignement qu’on peut trouver au sein de l’Open Society.

Gouvernemental et para-gouvernemental

Le profil LinkedIn[1] d’Halperin permet de retracer sa carrière depuis 1960. Point commun de ses postes successifs depuis 1967 : le lieu, Washington DC, au plus proche du pouvoir politique (voir ci-dessous). Sur ONE, sa biographie sur ses années « Maison-Blanche » indique seulement qu’il a « travaillé au gouvernement fédéral américain dans l’administration de Clinton, de Nixon et de Johnson ».[2] C’est incomplet. Son profil LinkedIn précise qu’il fut secrétaire de l’assistant adjoint au département de la Défense, directeur de la planification des politiques au Conseil de sécurité nationale à la Maison-Blanche, consultant pour le département de la Défense (conseillant Bill Clinton sur le maintien de la paix – le PeaceKeeping développé par Kitson dans son Low Intensity Operations – et la promotion de la démocratie), à nouveau le Conseil de sécurité nationale, puis directeur de la planification des politiques sur les questions clés de la politique internationale pour le département d’Etat. De janvier 1977 à novembre 1992, Morton Halperin dirigea le Center for National Security Studies. Il s’y « concentrait sur les questions touchant à la fois aux libertés civiques et à la sécurité nationale, telles que le rôle réel des agences de renseignement et du secret d’Etat. »[3]

linkedin-halperin

C’est sans surprise qu’on retrouve Halperin par deux fois membre du très influent Council on Foreign Relations, que le « Global Go To Think Tank Index Report » de 2016 classe 10ème des plus grands think-tanks mondiaux (il comprend plusieurs milliers de membres).[4] On y retrouve notamment George et Jonathan Soros, six membres de la famille Rockefeller, Henry Kissinger et Zbignew Brzezinski.[5]

Ni LinkedIn ni Wikipédia[6] ne sont pour autant complets à son sujet. Une recherche complémentaire nous apprend qu’Halperin occupe le poste de haut conseiller à la Millenium Challenge Corporation (MCC), un organisme paragouvernemental (voir notamment son nom de domaine en .gov), et fait partie de son bureau directeur. Au sein de ce bureau, on trouve le secrétaire d’Etat, le secrétaire au Trésor, le représentant au Commerce des Etats-Unis, l’administrateur de l’USAID, le PDG de la MCC mais aussi quatre membres du secteur privé nommés par le Président des Etats-Unis sur les conseils et avec l’accord du Sénat. Difficile de faire plus « made in White House ».[7] Pour éviter de digresser, nous mettrons en perspective la MCC et l’Open Society dans un autre article. Notons seulement en complément des quelques lignes ci-dessus que la MCC se présente sans rire comme « une agence d’aide américaine à l’étranger indépendante » (c’est nous qui soulignons).

 « Non »-gouvernemental et sorosites

La frontière entre think-tank et ONG est souvent poreuse (d’où le CFR dans le para-gouvernemental). Halperin a été membre d’autres think-tanks particulièrement influents : la Brookings Institution (plus grand think-tank au monde selon le rapport précité) et la Carnegie Endowment for International Peace (classée 5ème). Le lecteur pourra se reporter aux sites correspondants de ces organisations et y découvrir avec intérêt leurs membres et leur fonctionnement.

Pendant près de neuf ans (1984-1992), Halperin dirigea l’antenne washingtonienne de l’ACLU (American Civil Liberties Union). Il y collabora avec le directeur de la CIA de l’époque, William Casey.[8] Si l’Open Society finance cette ONG au moins depuis 2000[9], on retiendra surtout le don faramineux que l’organisation de Soros lui accorda en 2014, i. e. 50 millions de dollars.[10]

Pendant trois ans (janvier 2003 – décembre 2005, ce qui semble difficile puisque la page Wikipédia dédiée date sa création du 24 octobre 2003[11]), Halperin fut vice-président Senior du Center for American Progress, que l’Open Society subventionne généreusement depuis sa création en 2003. Le Fondateur et premier président de ce think-tank fut John Podesta, ancien chef de cabinet de Bill Clinton (1998-2001), directeur de la campagne présidentielle d’Hillary Clinton en 2016 et dont des dizaines de milliers de courriels accablants (les « Podesta Emails ») furent révélés par Julian Assange de WikiLeaks.

center-for-american-progress

L’Open Society, généreuse donatrice du Center for American Progress.

La biographie présente sur ONE rapporte en outre qu’Halperin est « coprésident du Groupe de travail sur la stratégie nucléaire de la Fondation New America ». Financée par de nombreuses organisations et entreprises, elle reçoit des subventions de l’Open Society.[12] Hormis les divers membres de l’ONG de Soros qu’on peut y trouver, notons la présence en tant que co-président de Jonathan Soros, l’un des fils de l’oligarque.[13] Il passa auparavant neuf ans au Soros Fund Management en tant que président, puis comme vice-chairman de 2005 à 2011.

Enfin, depuis maintenant quinze ans (2002), Halperin est haut conseiller à l’Open Society au sein du bureau du président et prodigue à ce dernier et aux cadres de l’ONG des conseils stratégiques, notamment pour les plaidoyers sur les questions des « sociétés ouvertes ». Il est aussi l’ancien directeur des plaidoyers pour la branche américaine de l’Open Society.[14]

***

Ce bref article biographique est bien entendu incomplet. Volontairement, il ne fait que reprendre des éléments biographiques facilement accessibles sur Internet, loin de relever du journalisme d’investigation. Au regard du parcours de Morton H. Halperin – et de tant d’autres… –, alternant successivement entre fonction gouvernementale, réseaux de renseignement, ONG, think tanks « para »-gouvernementaux, le tout mélangé avec de nombreux va-et-vient, comment rester dupe et n’y voir qu’un représentant de la « société civile » ?

George Soros travaille étroitement avec les services de renseignement américains, cela semble évident. La médiatisation du personnage ne doit toutefois pas occulter les nombreux profils qui occupent des places de choix au sein de sa galaxie d’ONG, si l’on veut identifier les tentatives de lobbying et d’influence multiple, comme déjà exposé. Rappel de notre article précédent : de jeunes ambassadeurs souriants vont à la rencontre des candidats, prennent des photos, arborent des tee-shirts, incarnent la dynamique, la conviction. Une plate-forme au design amusant (une course sur piste) compare les programmes des candidats dans le domaine de l’aide internationale. Mais une rapide recherche permet de comprendre que les dessous de ONE sont beaucoup moins reluisants et combinent psyop et soft power – et nous n’avons dressé qu’un portrait partiel, et d’une seule personne que nous jugeons centrale.

Que les « jeunes ambassadeurs » de ONE soient dupes est une chose. Que des journalistes et le pouvoir politique se fassent abuser au même titre et laissent carte blanche à des hommes de Soros & du renseignement américain pour peser sur notre législation et nos élections en est une autre.

Thibault Kerlirzin

Une réflexion sur “Morton Halperin chez ONE : réseaux d’Etat & réseaux Soros

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