Qu’est-ce que la sorosite Humanity in Action ?

Soros finance plusieurs ONG en France. Humanity in Action, dont la branche francaise fut cofondée par Philippe Manière, l’ancien directeur de l’Institut Montaigne (lié à Macron), en fait partie. Une véritable pépinière pour former à la « société ouverte ».

Humanity in Action est une ONG qui opère dans sept pays. Hormis les Etats-Unis, tous ces derniers sont européens : France, Pays-Bas, Danemark, Allemagne, Pologne, Bosnie-Herzégovine. A but apparemment éducatif, elle a pour prétention d’ « éduquer, inspirer et relier un réseau mondial d’étudiants, de jeunes professionnels et de leaders reconnus dédié(s) à la promotion des droits de l’Homme, de la diversité et d’une citoyenneté active – chez eux et dans le monde. » A l’instar de tant d’autres ONG, elle se définit comme à but non lucratif et non partisane. Une bonne fois pour toutes, on reprendra ici et ailleurs, pour qualifier ce type d’organisation, le qualificatif que Jean-Claude Michéa attribue au libéralisme, une idéologie prétendant ne pas en être une : une « idéologie invisible » (que nous appellerons 2I).

HIA 01

Le modèle HIA synthétisé sous cette petite autoprésentation est plus parlant : 1) éduquer les fellows 2) relier à un réseau 3) inspirer l’action. Synthétisé sous l’angle de l’ingénierie sociale – on renverra ici le lecteur à Gouverner par le chaos de Lucien Cerise –, il s’agit, reformulé, de 1) créer un environnement contrôlé où l’ONG impulse les flux intrants (inputs) 2) mutualiser les ressources humaines pour créer un message à l’unisson : le réseau-système donnera une impression de diversité, mais le méta-réseau-système circonscrit en réalité cette diversité au sein du spectre d’une 2I, et 3) ce réseau crée une dynamique de groupes (cf. les travaux de Kurt Lewin) qui portera cette 2I dans l’environnement où évolueront les personnes que HIA aura « éduquées » et « inspirées ». La présence majoritaire de pays européens peut laisser supposer que le Vieux Continent est la branche qui gouverne HIA. Il n’en est rien : « notre gouvernance internationale est supervisée par Humanity in Action, Inc. aux Etats-Unis ».[1]

HIA a été fondée par Judith Goldstein, qui en demeure la directrice exécutive. Outre sa présence, comme Soros et 4 000 autres membres, au Council on Foreign Relations, elle fait partie du bureau du Center for Artistic Activism, que finance l’Open Society.[2] Le chairman d’HIA est (ou était, en 2010-2011) Hans Binnendijk. Cet homme travaille dans le domaine des sciences politiques pour la puissante RAND Corporation[3], et opéra par le passé dans le domaine de la Défense et de la Sécurité nationale. Il est aussi « senior fellow » au Center for Transatlantic Relations, qui accueillit deux diplômés de la Central European University, Zsolt Enyedi[4] et Mihai Patru[5].

Humanity in Action France

On se concentrera ici sur la branche française de HIA, et l’on comprendra rapidement la portée idéologique d’une telle organisation. Trois personnes sont à l’origine de sa création, en 2005.

  • Patrick Weil, historien et fondateur en 2006 de l’ONG Bibliothèques Sans Frontières qu’il préside[6], et dont Alexander Soros, fils de George, est membre du Conseil d’Administration.
  • Amaya Bloch-Lainé, à qui l’on doit la création du bureau français – qu’elle dirigea – du German Marshall Fund of the United States.[7]

  • Philippe Manière, directeur de l’époque de l’Institut Montaigne et ancien des Young Leaders de la French-American Foundation.[8] L’Institut Montaigne fut présidé par Henri de Castries, ancien PDG d’AXA et ancien chairman de l’influent Groupe de Bilderberg. A noter : Médiapart, repris par L’Express, avait révélé en avril 2016 qu’En Marche, le mouvement d’Emmanuel Macron, était domicilié directement au domicile privé du directeur de l’Institut Montaigne, Laurent Bigorgne.

HIA France fut invitée, en 2011, à la New School de New York, pour une série d’échanges sous l’égide de l’ambassade de France à New York, sur le thème « Explorer la diversité en France ». Parmi les trois présentatrices de ce projet, on retiendra Tara Dickman, diplômée de l’Université de New York mais aussi de Paris 8, à l’époque directrice nationale de HIA France, et consultante sur le profiling racial (nous dirons le « délit de faciès ») pour l’Open Society Justice Initiative.[9]

L’Open Society fait d’ailleurs partie des bailleurs de fonds de HIA France. La page dédiée remercie l’Open Society (et d’autres) pour son généreux soutien depuis 2006, et mentionne encore l’organisation de Soros en 2014[10] – avec toutefois une absence dans le dernier rapport d’activité (2010-2011) disponible sur le site.[11] Opaque comme à son habitude, l’Open Society ne donne aucune information relative à ces dons sur son propre site. On notera au passage la présence de deux autres bailleurs de fonds : la Stavros Niarchos Foundation, liée à l’Open Society, ainsi que l’ambassade des Etats-Unis (le lecteur pourra se reporter aux câbles Wikileaks qui traitent du « projet Rivkin » pour appréhender la bienveillance de cette ambassade à l’égard de la France au travers de l’instrumentalisation des minorités ethniques à des fins politiques).

A l’heure où nous consultons le site de HIA, le Conseil d’Administration du chapitre français est en cours de renouvellement et les noms des responsables ne sont pas disponibles, à l’exception du nouveau président, Christopher Mesnooh. Cet homme n’est pas qu’un avocat d’affaires[12], il est aussi membre – depuis au moins 2008[13] –  du Comité de Paris de la sorosienne Human Rights Watch, aux côtés du non moins sorosien William Bourdon.[14] Simple détail complémentaire : en 2014 au Sénat, auditionné en sa qualité d’avocat aux barreaux de Paris, New York et Washington, Mesnooh rappelait en des termes choisis que « le président Obama, avocat de formation, est très favorable à l’open society ».[15]

Une recherche légèrement antérieure au moyen de la Wayback Machine nous donne l’ensemble de l’ancien bureau directeur français de HIA[16]. On retiendra :

  • Le trésorier Jean-Ignacio Petitcollot, ancien fellow de Lantos, e. la Lantos Foundation (bailleurs de fonds de la branche américain d’HIA[17]). Le Conseil consultatif[18] de celle-ci accueille notamment 1) l’ambassadeur John Shattuck, président et recteur de la Central European University de Soros de 2009 à 2016.[19] Shattuck représenta notamment Morton Halperin (cf. notre article sur cet homme des réseaux Soros) dans l’affaire Halperin v. Kissinger, relative aux Pentagon Papers[20] 2) Bono, chanteur de U2 et cofondateur de la sorosite ONE, où l’on trouve également Morton Halperin. On mentionnera également la présence de l’acteur Richard Gere, pour la Gere Foundation, soutenue[21] entre autres par les sorosites OXFAM, Human Rights Watch, Amnesty International et amfAR.[22]
  • L’un des membres du bureau, Nabil Berbour, aujourd’hui membre[23] de l’ONG SumOfUs – financée à 99% par des Fondations en 2012[24] – dont le président du Bureau n’est autre que Tate Hausman, ancien directeur du management de la sorosite MoveOn.org.[25] Nabil Berbour, en collaboration avec Tara Dickman et d’autres, a fondé le Studio Praxis, sponsor d’HIA France, « dans la foulée » du Collectif contre le contrôle au faciès, avec lequel a collaboré l’Open Society Justice Initiative.[26]

  • Laurène Bounaud, probablement le profil le plus intéressant de notre billet : ancienne directrice nationale d’HIA, elle devint ensuite responsable de plaidoyer puis, en janvier 2017, directrice exécutive (selon son LinkedIn – voir ci-dessous -, car ailleurs elle est présentée comme déléguée générale[27]) de Transparency International France.[28] On rappellera ici, une fois de plus, que la branche générale de Transparency International est généreusement financée depuis au moins 1999 par George Soros. En France, son Bureau directeur accueille Jacques Terray, vice-président de TI France et administrateur de Finance Watch, une ONG – un comble – que financent entre autres l’Open Society et la Fondation Charles Léopold Mayer.[29] Rappelons également que la plupart des ONG remerciées dans le rapport de Transpanrency International dédié aux lanceurs d’alerte (2013) sont soit l’Open Society et plusieurs de ses branches (dont la Stefan Batory Foundation), soit liées à celle-ci. Le cas de Laurène Bounaud – qui, en termes de transparence, n’a apparemment jamais exigé que HIA France divulgue le détail, bailleur de fonds par bailleur de fonds, des euros perçus par l’ONG – nous pousse à nous poser la question que l’on pourrait aussi adresser à de nombreux militants d’ONG qui dénoncent le rôle des lobbies : pourquoi passer systématiquement sous silence le lobbying quasi-omniprésent de George Soros et de l’Open Society ? Ignorance ou connivence ?

HIA 03

transparency-international-open-society

Rappel : Transparency International, une ONG « indépendante » généreusement financée par l’Open Society de George Soros.

Objectifs de cette branche France : favoriser l’engagement « citoyen » en faveur de la « diversité » au travers de programmes de formation, qui ont permis à plusieurs participants d’obtenir des stages au Parlement Européen ou au Congrès américain.[30] Les éléments de langage pour présenter les activités d’HIA France sont très « sorosiens » : « Humanity In Action France forme des étudiants et des professionnels à la complexité des enjeux liés à la diversité, l’égalité et la lutte contre les discriminations afin de renforcer la participation citoyenne, favoriser le débat public et promouvoir l’égalité entre les citoyens. »[31] Synthétisé, il s’agit d’une promotion de la « société ouverte ». Les programmes d’été se destinent d’ailleurs aux étudiants, avec l’objectif de « former une nouvelle génération de jeunes engagés pour le Vivre Ensemble ».

Comme le révèlent les divers programmes d’été mis en France par HIA France, l’angle sous lequel la diversité est abordée est très « racialiste » : guerre d’Algérie, Histoire des Noirs, « esclavage et réparations » (programme d’été « Agir pour l’égalité » 2013). Les programmes d’été des autres années[32] sont du même acabit. HIA est à ce titre une énième fondation qui aborde la diversité au travers du prisme ethnique et non économique. Sa « Table ronde sur la diversité dans les médias » du 13 juin 2013 aura probablement abordé cette question, supposons-le, en laissant de côté l’accès à cette profession pour les populations de zones rurales ou d’anciens bassins industriels sinistrés (pensons par exemple aux Ardennes ou au Nord). Pour rester centré sur notre propos, on renverra le lecteur qui souhaite poursuivre sur cette question des contradictions sur la « diversité » à l’essai de Walter Benn Michaels paru aux éditions Raisons d’Agir : La diversité contre l’égalité (2006, traduit en 2009). Enfin l’Open Society, absente du programme d’été 2015 – contrairement à la Stavros Niarchos Foundation[33] –, a soutenu ce « fellowship program » en 2014[34], 2013[35] et 2012[36].

HIA 04

Humanity in Action France, programme d’été 2014.

HIA 2013

Humanity in Action France, programme d’été 2013.

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Humanity in Action France, programme d’été 2012.

En résumé, Humanity in Action est une sorosite de plus, tant par son but que par ses financements. Discrète (la vidéo de présentation de sa branche France a dépassé de peu les 1 000 vues en plus de quatre ans[37]), elle n’en est pas moins influente et illustre la compatibilité qui existe entre des organisations comme l’Open Society et l’Institut Montaigne. HIA représente un tremplin pour de nombreux jeunes qu’elle forme à son « idéologie invisible » et qui iront par la suite prêcher la bonne parole « objective » au sein d’institutions comme le Parlement Européen. Le lecteur curieux et patient pourra se reporter avec profit à la liste[38] des « senior fellows » d’HIA pour chercher où ceux-ci sont allés, par la suite, poursuivre leur carrière. Une ONG de plus à ajouter aux réseaux Soros.

Thibault Kerlirzin

Notes

[1] http://www.humanityinaction.org/about#hia_countries

[2] https://artisticactivism.org/people/friends-and-supporters/

[3] http://www.rand.org/about/people/b/binnendijk_hans.html

[4] http://transatlanticrelations.org/fellows/zsolt-enyedi/

[5] https://transatlanticrelations.org/fellows/mihai-patru/

[6] https://www.bibliosansfrontieres.org/bsf-org/gouvernance/

[7] http://www.humanityinaction.org/users/1286/68b1

[8] https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Mani%C3%A8re

[9] http://www.humanityinaction.org/programs/40-exploring-diversity-in-france/150-the-new-school

[10] http://www.humanityinaction.org/France/53-supporters

[11] http://www.humanityinaction.org/files/318-AnnualReport2010_2011FINAL.pdf

[12] http://www.humanityinaction.org/France/52-board

[13] https://www.hrw.org/sites/default/files/related_material/AR2008-web.pdf

[14] https://www.hrw.org/fr/about/people/advisory-committee/le-comite-de-paris

[15] https://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20140331/mci_cada.html

[16] http://web.archive.org/web/20160406031532/http://www.humanityinaction.org/France/52-board

[17] http://www.humanityinaction.org/United%20States/235-supporters

[18] https://www.lantosfoundation.org/about-leadership

[19] https://en.wikipedia.org/wiki/John_Shattuck

[20] http://www.thecrimson.com/article/1984/2/11/left-on-rights-pwhen-john-shattuck/

[21] http://www.gerefoundation.org/resources.html

[22] Par exemple : http://www.amfar.org/uploadedFiles/_amfarorg/Around_the_World/MSMToolkit.pdf, http://www.amfar.org/uploadedFiles/_amfarorg/Articles/Around_The_World/GMT/2013/MSM%20Global%20Report%20051613.pdf & http://www.amfar.org/around-the-world/gmt/msm-sponsors/

[23] https://www.linkedin.com/in/nabil-berbour-16b2b416/

[24] https://www.sumofus.org/about/funding/

[25] https://www.sumofus.org/about/board/

[26] http://stoplecontroleaufacies.fr/slcaf/presentation/

[27] http://obs-commedia.com/event/speaker/laurene-bounaud/

[28] https://www.linkedin.com/in/laurenebounaud/

[29] http://www.finance-watch.org/a-propos/gouvernance-et-financement

[30] http://www.humanityinaction.org/France/50-objectives

[31] http://www.humanityinaction.org/France/51-projects

[32] http://www.humanityinaction.org/pages/173

[33] http://www.humanityinaction.org/files/1225-ParisProgram2015.pdf

[34] http://www.humanityinaction.org/files/733-HIAParis2014ProgramBookletFinalreduced.pdf

[35] http://www.humanityinaction.org/files/292-AgendaLyon2013-franais.pdf

[36] http://www.humanityinaction.org/files/378-2012Agendafr.pdf

[37] https://www.youtube.com/watch?v=AavJELzL5v4

[38] http://www.humanityinaction.org/pages/348-full-list-of-senior-fellows

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